La supposition, ou l'imagination restreinte
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Introduction
Cet essai se penchera sur la question suivante : existe-t-il une différence entre les actes de la supposition et de l’imagination du point de vue de la philosophie de l’esprit ? Là où certaines théories, par exemple le simulationnisme, clament que non, nous défendrons l’affirmatif, donc que pareille frontière s’impose. Pour ce faire, nous considérerons quatre distinctions possibles, dont nous évaluerons la crédibilité par l’utilisation d’exemples linguistiques sémantiquement sensés ou non, car, si la question de la présence d’une différence trouvera bien vite réponse, l’enquête sur la nature de celle-ci et le nombre de ses sœurs nous obstinera encore quelques pages (dans l’espoir de saisir au mieux ces deux concepts, essentiels à bien des domaines, de la philosophie de la fiction à la philosophie de la créativité). Puis, et c’est là ce à quoi ce document aspire réellement, nous conclurons des suites de nos observations par la proposition d’inclure la supposition dans l’ensemble des actes imaginatifs, comme un cas spécifique, sous conditions restreintes, de ces derniers. Pour résumer, donc, nous défendrons la thèse que : La supposition n’est pas identique à l’imagination, et toutes leurs différences laissent à penser qu’elle en est un cas.
Une distinction sémantique
Avant même de poser les définitions des termes, nous pouvons apporter un premier argument : la sémantique, ou notre utilisation des deux concepts dans la langue en général. En effet, considérons les exemples suivants (avec Alice et Bob, deux personnages) :
- Alice : Tu crois que je peux prendre un biscuit ? Bob : J’imagine.
Alice : Tu crois que je peux prendre un biscuit ? Bob : Je suppose. - Alice : Imaginons que x soit impair, alors nous arrivons à une contradiction.
Alice : Supposons que x soit impair, alors nous arrivons à une contradiction. - Alice : Bob a tellement d’imagination !
Alice : Bob a tellement de supposition ! #
Si nous reviendrons plus en détails sur certains de ces exemples par la suite pour chercher à les expliquer, les exclamations en (3) nous offrent d’ores et déjà une défense de la thèse si bonne qu’on pourrait s’arrêter là : les termes « supposition » et « imagination », si utilisables dans les mêmes phrases en (1) et (2), ne sont pas systématiquement interchangeables. En effet, le symbole « # », qui sera récurrent tout le long de ce papier, indique une phrase sans sens sémantique, l’équivalent de l’agrammaticalité pour le sens des mots. Nous avons donc un cas où il est possible d’utiliser « imagination » mais pas « supposition », dans autrement la même structure syntaxique. Et c’est là notre première distinction ; si les mots ne sont pas équivalents, alors ils ne peuvent désigner des concepts qui le seraient, sans avoir un sens différent. Même les synonymes varient de l’un à l’autre. Et qui dit sens différent, dit différence. Dans le célèbre exemple de G. Frege, tiré de son ouvrage Über Sinn und Bedeutung, « l’étoile du soir est l’étoile du matin », si les désignations (autrement dit ce à quoi ils réfèrent) des termes pointent de manière univoque vers Vénus, leurs contextes d’utilisation, eux, diffèrent, et en font deux concepts distincts. Le même raisonnement s’applique alors à notre cas car, quand bien même il s’avérerait que la supposition et l’imagination fonctionnent de manière identique, l’existence des deux termes montre que nos esprits les conçoivent différemment.
Mais comment s’arrêter là ? Pour quelle raison y a-t-il des phrases où un terme est possible mais pas l’autre ? Et est-ce qu’il existe des cas où seule la supposition peut être utilisée, et où l’imagination donnerait des phrases insensées ? Pour répondre à ces questions, il nous faut quitter la linguistique, et emprunter le chemin des mathématiques, de la logique et, bien sûr, de la philosophie de l’esprit.
Fonctionnement schématique
L’heure des définitions est enfin venue. Comment fonctionnent donc la supposition et l’imagination ? Puisque nous cherchons à les distinguer, et par soucis d’honnêteté, il semble préférable de donner à ces termes la description la plus vaste possible pour maximiser les chances qu’ils se recoupent. Mais laquelle ? Considérons ce que dit A. Kind, citant A. Goldman, dans son texte The Heterogeneity of the Imagination. Kind distingue deux types d’imaginations, selon qu’elles aboutissent à des propositions mentales ou à d’autres états mentaux (sensations, imageries, etc.) :
« Dans un effort d’expliquer comment la projection imaginative marche, Goldman marque une distinction entre deux différents ‘concepts’ d’imagination. Le premier est ce qu’il appelle la supposition-imagination, ou la S-imagination: ’’La S-imagination est typiquement formulée avec une clause ‘que’, ‘X imagine que p,’ où p peut référer, de manière non-restreinte, à n’importe quel état de chose. Si on S imagine que p, on entretient l’hypothèse que p, on suppose que p, on assume que p. Contrairement à d’autres formes d’imagination, la S-imagination n’a aucun aspect sensoriel; elle est purement conceptuelle.‘’(Goldman 2006b, 42) Mais imaginer ne nécessite pas toujours une clause à ‘que’. De la même manière que je peux imaginer que mon fils a marqué le but gagnant dans sa partie de football, je pourrais à la place l’imaginer mettre le but. Similairement, de même manière que je peux imaginer que je sois ravie par cet accomplissement, je peux à la place imaginer en être ravie. Quand je l’imagine marquer le but, je produis un état mental avec un aspect quasi-visuel; quand j’imagine être ravie, Je me ’‘retrouve dans un état ressenti, phénoménologiquement, comme une trace de teinture de ravissement.’’ (Goldman 2006a, 47) » (Kind, The Heterogeneity of the Imagination, p.146, ma traduction)
Le terme « Supposition-imagination » n’est ici pas anodin. Il semble assez convaincant que l’une des distinctions que nous cherchons dans ce papier se loge dans cette multiplicité de l’imagination ; en clair : que la supposition soit spécifiquement propositionnelle, et que l’imagination puisse, elle, être bien plus variée. Et c’est d’ailleurs ce que la langue paraît confirmer :
- Alice : Bob imagine être avec ses amis.
Alice : Bob suppose être avec ses amis.
Les deux phrases n’ont en effet tout simplement pas le même sens, ou plus exactement, le terme « imagine » est ambigüe car il ne spécifie pas s’il s’agit de S-imagination ou non (Bob peut imaginer le fait qu’il est avec ses amis, ou imaginer une situation où il est avec ses amis), là où le terme « suppose » force un sens propositionnel à la phrase qui le porte, analogue à « Bob suppose qu’il est avec ses amis ». La supposition serait donc propre, limitée, aux énoncés, mais il semble qu’on puisse encore aller plus loin. La supposition parait être un cas plus spécifique encore d’imagination propositionnelle que Kind ou Goldman ne laisse suggérer. C’est pourquoi, pour la suite de ce texte, nous n’interpréterons l’imagination et la supposition que comme des actes mentaux d’extrapolation et de création d’informations propositionnelles. On peut d’ailleurs généraliser encore un peu plus pour parler de fonctions ; une fonction qui prend un input, le fait passer par un mécanisme, puis rend un output, le tout utilisé dans un certain contexte.
C’est au sein de ces quatre étapes (input, mécanisme, output, contexte) que nous chercherons les distinctions restantes. Puisque nous partons de l’idée que l’output est la conséquence de l’opération, il semble peu crédible de défendre que ce dernier puisse être la variable qui distingue l’imagination de la supposition (en effet, si tout le reste est identique, alors comment justifier un output différent ? cela remettrait en question notre conception-même de l’opération présentée plus haut, car incompatible avec la notion de fonction). Dès lors, nous avons trois pivots potentiels pour expliquer les différences entre les deux termes : l’input, la somme des états mentaux initiaux de celui qui imagine au moment où il commence à imaginer1, le processus mental lui-même, et le contexte (l’intention) dans lequel il est utilisé. Nous ne considérerons pas le premier cas, que nous n’évoquerons plus tard qu’en question ouverte par manque de place, mais la suite de ce papier est vouée à ce que nous nous penchions sur chacun des deux autres, un à un, pour chercher à en dénicher une tendance générale.
Distinction par le mécanisme
Sans même rentrer dans le fonctionnement complexe de l’imagination, une distinction peut être faite dans le mécanisme des deux actes : la présence ou non de créativité durant le processus imaginatif est ce sur quoi nous allons nous concentrer ici. Considérons :
- Bob voit un nuage qui ressemble à une glace. Bob sait que c’est un nuage, mais Bob imagine que c’est une glace.
Bob voit un nuage qui ressemble à une glace. Bob sait que c’est un nuage, mais Bob suppose que c’est une glace. ~#
Si les deux phrases sont sémantiquement bonnes, il revient de constater que la deuxième ne parait pas logiquement cohérente (« ~# »). Si Bob sait qu’il ne s’agit que d’un nuage, comment peut-il supposer qu’il s’agisse d’une glace ? Or ce problème ne semble pas présent si on utilise « imagine ». Pourquoi ? La solution nous vient de N. Carroll, qui écrit, dans son texte « The Creative Audience » traitant des différents types d’imagination et de leur importance dans notre engagement avec la fiction, qu’il existerait une sous-forme d’imagination, appelée « imagination fictive », caractérisée par « notre capacité de penser contre-factuellement » (Carroll, The Creative Audience, p.66, ma traduction). Ce serait cette forme d’imagination qui fait que nous sommes bien capables, par exemple, en tant que lecteur, spectateur ou consommateur d’œuvres de fiction en général, d’imaginer qu’ une histoire qui nous est racontée est vraie, tout en sachant qu’elle a été créée de toute pièce par les soins d’un auteur, afin de profiter de son potentiel impact émotionnel, narratif ou autre. Cependant, quel rapport avec la créativité alors ? Carroll écrit : « [Il] y a probablement au moins deux sens de créatif ici en tension. L’un est un sens descriptif, l’autre un sens honorifique. Selon le sens descriptif de la créativité, une activité créative est un acte d’intelligence humaine qui produit quelque chose ou qui amène quelque chose de ou à propos, notablement quelque chose d’approprié à la situation. Selon le sens honorifique de la créativité, un acte créatif est ce qui est original de façon frappante ou virtuellement sans précédent et de grande valeur. » (Carroll, The Creative Audience, p.68, ma traduction)
Nous nous intéressons ici bien sûr à la définition descriptive du terme, mais il semble cependant exister une variation à ce sens, non-évoquée par Carroll, dont le pivot est le terme « approprié ». Doit on l’entendre comme un synonyme de « conséquence logique » ou non ? C’est là la différence à identifier entre la supposition et l’imagination dans le domaine de leur supposée créativité : la supposition nécessite une créativité restreinte, cohérente avec nos connaissances et états mentaux préalables (en bref qui en soit une conséquence logique), là où l’imagination, elle, ne nécessite pas nécessairement de cohérence avec les prémisses de l’input, et peut ainsi aborder une créativité large, débridée, quelque fois incohérente avec les états mentaux de celui qui imagine, en soit une créativité contrefactuelle. Autrement dit, si dans les phrases en (5), l’utilisation de « suppose » nous parait erronée, c’est car est viole notre principe de créativité descriptive restreinte, et si « imagine » ne pose pas de problème, c’est car ce même principe ne s’y applique pas. Le mécanisme de l’imagination impliquerait donc, ou non, une forme de conformisme à l’input, ce qui reste cohérent avec notre vision fonctionnaliste des actes imaginatifs, du moins pour l’imagination propositionnelle. Néanmoins, une opposition peut être faite, et la voici :
- Alice : Imaginons que x soit impair, alors nous arrivons à une contradiction.
Alice : Supposons que x soit impair, alors nous arrivons à une contradiction.
Il est parfaitement courant, dans un contexte de preuve par l’absurde en mathématiques par exemple, de parler de « supposition » quand on assume une hypothèse qui se révèlera contradictoire. On est alors en droit de questionner la cohérence de ce phénomène avec la théorie présentée dans le paragraphe précédent. En effet, posons pour contexte aux phrases en (2) que Alice sait pertinemment que x ne peut être que pair, car elle a déjà connaissance de la preuve qui le démontre. Alors, si elle venait à l’expliquer à quelqu’un d’autre en utilisant le stratagème en (2), nous aurions bien un cas où une personne suppose une chose qu’elle sait fausse, et de facto un cas de contre-factualité. Deux possibilités :
- Le terme « supposons », comme utilisé en (2), ne doit pas être compris comme celui auquel nous nous intéressons le long de ces pages. Il peut d’ailleurs être remplacé par des locutions comme « soit » (dans « Soit x impair, […] ») ou « dans le cas où » (dans « Dans le cas où x est impair, […] »), etc. Il semble donc peu crédible d’entendre cette version du terme de la même manière qu’on entend l’acte mental de supposer quelque chose. Notons aussi l’utilisation ici de subjonctif, unique à la clause, pointant vers le fait que nous n’avons pas à faire à un état mental mais à une simple tournure de phrase.
- La croyance d’Alice selon quoi x doit être pair peut ne pas être transmise au cadre dans lequel est utilisé « supposons ». Pour le dire autrement, la supposition semble créer et tester un monde fictif, dont on étudie la cohérence interne, et la proposition « Alice sait pertinemment que x ne peut être que pair » serait ignorée pour la création de celui ci. L’imagination, elle, ne subissant pas cette contrainte, pourrait tout à fait « ajouter » au monde à la place. Malheureusement nous ne rentrerons pas dans les détails de cette distinction par manque de place, mais il vaut le coup d’être noté que c’est peut-être là une énième différence entre l’imagination et la supposition : le traitement de ce qui est imaginé comme un monde indépendant ou conjoint au nôtre.
Enfin, il est également possible que cette importance de la contre-factualité joue un deuxième rôle distinctif : il semble que la supposition implique la possibilité à celui qui suppose de se tromper, là où l’imagination ne parait pas avoir quoi que ce soit à faire avec les valeurs de vérité2. Et cette « possibilité », il revient de l’entendre sous un sens lewissien : la possibilité de l’existence d’un monde cohérent logiquement (appelé monde possible) où la supposition serait fausse. Considérons les phrases suivantes :
-
Alice : Tu crois que je peux prendre un biscuit ? Bob : J’imagine.
Alice : Tu crois que je peux prendre un biscuit ? Bob : Je suppose. -
Bob : Cette phrase est fausse. Alice : J’imagine que ce que Bob dit est vrai.
Bob : Cette phrase est fausse. Alice : Je suppose que ce que Bob dit est vrai. ~# (?)
En (1), il y a la possibilité qu’il ne soit pas permis de prendre un biscuit, là où en (6) « cette phrase est fausse » ne peut être vraie ou fausse dans aucun monde possible car une phrase paradoxale. Notons cependant que l’exemple ci-dessus n’est pas très convaincant, car il parait plutôt reposer sur le fait qu’Alice soit capable de prouver que ce que Bob dit en (6) est insensé, ce qui appellerait en réalité à l’impossibilité de la supposition contrefactuelle. C’est donc une piste plus qu’un véritable argument.
Distinction par l’utilisation
Pour la dernière distinction complète que nous aborderons ici dans ce papier, nous nous pencherons sur l’intention ou l’utilisation de l’imagination et le but de celle-ci, ironiquement en réétudiant le même exemple que celui de l’opposition précédente.
- Alice : Imaginons que x soit impair, alors nous arrivons à une contradiction.
Alice : Supposons que x soit impair, alors nous arrivons à une contradiction. - Alice : Imaginons que Bob est un sorcier.
Alice : Supposons que Bob est un sorcier. #
La différence entre les phrases en (2) et (7) est simple : il y a en (2) un but à la supposition, mais pas en (7), et c’est pourquoi cette dernière semble incomplète. À contrario, l’exemple en (2) donne une raison à la supposition, justifiant ainsi la sémantique de la phrase. Autrement dit, l’imagination peut être un acte sans réelle substance ou intérêt, purement récréatif, là où la supposition parait nécessiter un contexte approprié et plus précisément un but pour être réellement sensée. On peut objecter que, si l’imagination est récréative comme en (7), alors elle a pour but de répondre au désir d’imaginer qu’a l’individu. C’est effectivement ce qu’on semble observer ici, à moins d’admettre qu’on puisse agir sans motivation. Néanmoins, il faut entendre le terme « but » présenté dans cet essai comme restreint au cadre d’une argumentation ; un cadre auquel les désirs échappent.
Aussi, il est intéressant d’aborder la possibilité de l’input, l’état mental initial, comme troisième pivot des différences de fonctionnement entre la supposition et l’imagination. En effet, si la supposition nécessite un but pour être sensée, doit-on alors considérer la croyance que notre supposition a un but comme signe distinctif de celle-ci, prohibant par la même toute supposition sans cette croyance, là où l’imagination ne la demanderait pas ? Voilà qui ferait une distinction au sein même de l’état mental dans lequel se trouve celui qui imagine au moment de l’acte, dans l’input donc. Cependant, s’il ne parait pas absurde d’adhérer à l’hypothèse, celle-ci peut être mise à mal par la question suivante : si un individu ne sait pas comment fonctionne la supposition, a-t-il toujours la croyance qui permet de la distinguer de l’imagination générale ? La question reste ouverte.
La supposition comme type d’imagination
Voici pour finir un tableau général, résumant chaque distinction présentée. Nous pouvons dès lors observer que dans chaque cas considéré, la supposition valide les critères de l’imagination. Il est donc parfaitement raisonnable de dire, qui plus est avec autant de sujets et de pistes étudiés, que ces deux concepts sont en relation d’inclusion. La supposition est donc un type d’imagination.
| Distinctions | Imagination | Supposition |
|---|---|---|
| Sémantique | Mot toujours valide | Mot pas toujours valide |
| Propositionnelle | Propositionnelle ou pas | Nécessairement propositionnelle |
| Créativité / contre-factualité | Créativité descriptive large | Créativité descriptive restreinte |
| But | Pas de but nécessaire | But nécessaire |
| Relation au monde (?) | Crée un monde ou ajoute au nôtre | Crée un monde |
| Possibilité de fausseté (?) | Pas forcèment | Nécessairement possible d’avoir faux |
| Croyance initiale (?) | Pas nécessairement de croyance quant au but | Croyance quant au but |
Conclusion
Nous avons alors montré bien des raisons de croire que la supposition et l’imagination sont deux concepts différents. Cependant, il faut reconnaître que l’argumentaire présenté ici repose sur les intuitions linguistiques (je me permets de briser le « nous » quelques instants) de moi-même et de mon entourage qui a bien voulu tester mes dilemmes sémantiques. Il est parfaitement possible qu’un cas (qu’une expérience de pensée) auquel je n’ai pas réfléchi puisse contredire certaines distinctions que j’ai souhaité théoriser. Je suis aussi conscient que l’aspect « pratique » de ce texte peut sembler éloigné des traditions de la philosophie de l’esprit en elle-même, sans l’usage de certaines notions traditionnelles à ce domaine, que ce soient les qualia, l’intentionnalité, etc., mais je défendrais personnellement que, cherchant à différencier des termes lexicaux, l’utilisation du langage me paraissait logiquement être le meilleur outil à nos fins. Qui plus est, comment s’absoudre de la langue quand elle-seule nous permet de communiquer ce que nous pensons, et ainsi ce qui se passe dans notre esprit ? Rappelons aussi, pour terminer, que les distinctions présentées ici sont loin d’avoir été prouvées être les seules, et les trois pistes supplémentaires évoquées en sont bien la preuve. Qui sait combien d’autres pourraient être formulées ? C’est là une question dont la réponse sera le travail d’un autre essai, je suppose.
Bibliographie
- Frege, G. (1892). Über Sinn und Bedeutung. Zeitschrift für Philosophie und philosophische Kritik
- Kind, A. (2011). The Heterogeneity of the imagination. Springer
- Goldman, A. (2006a). Simulating minds: The philosophy, psychology, and neuroscience of mindreading. Oxford: Oxford University Press. [cité par Kind en (2)]
- Goldman, A. (2006b). Imagination in responses to fiction. In S. Nichols (Ed.), The architecture of the imagination (pp. 41–56). Oxford: Oxford University Press. [cité par Kind en (2)]
- Carroll, N. (2014). The Creative Audience: Some Ways in Which Readers, Viewers, and/or Listeners Use Their Imaginations to Engage Fictional Artworks. In E. S. Paul & S. B. Kaufman (Ed.), The Philosophy of Creativity: New Essays (pp. 62–81). New York: Oxford Academic.
Footnotes
-
On pourrait questionner le fait que l’état mental de l’individu soit le seul facteur de l’input. Le monde en lui-même n’influe-t-il pas l’imagination ? Certes, mais seulement au travers de la perception que l’individu conscient en a. On ne peut imaginer en s’inspirant de quelque chose que si on croit que ce quelque chose existe. Or, la croyance est un état mental, donc l’imagination est construite sur les états mentaux. ↩
-
Comme semble l’indiquer la possibilité d’imaginer autre chose que des énoncés propositionnels. ↩